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FESTIVAL, SEASON
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Saison 2025/2026 - Les Rencontres Philosophiques de Monaco

16
October
20 25
02
April
20 26
Opening hour :

Programmations des ateliers des Rencontres Philosophiques de Monaco au Théâtre Princesse Grace de Monaco 16 octobre 2025 de 19h à 21h 13 novembre 2025 de 19h à 21h 11 décembre 2025 de 19h à 21h 15 janvier 2026 de 19h à 21h 12 mars 2026 de 19h à 21h 2 avril 2026 de 19h à 21h

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PMR
Saison 2025/2026 - Les Rencontres Philosophiques de Monaco
Saison 2025/2026 - Les Rencontres Philosophiques de Monaco

Introduction

- 16 octobre 2025 : Rencontre sur le thème « Frères et sœurs » avec Stéphanie Haxhe, Gabrielle Radica, David Foenikinos, Robert Maggiori,

- 13 novembre 2025 : Rencontre sur le thème « La fidélité » avec Laurence Hansen-Løve, Alice Ferney, Christine Detrez, Raphael Zagury-Orly.

- 11 décembre 2025 : Rencontre sur le thème « La perversion » avec Sophie Chauveau, Marc Joly, Laurie Laufer, Robert Maggiori.

- 15 janvier 2026 : Rencontre sur le thème « La rédemption » avec Danielle Cohen-Levinas, Vincent Delecroix, Delphine Horvilleur, Raphael Zagury-Orly.

- 12 mars 2026 : Rencontre sur le thème « Corps sportif, corps esthétique » avec Elsa Ballanfat, Isabelle Queval, Jean-Christophe Maillot, Robert Maggiori.

- 2 avril 2026 : Rencontre sur le thème « La gratitude » avec Paul Audi, Judith Revel, Camille Riquier, Laetitia Strauch-Bonart, Raphael Zagury-Orly.

Toutes les rencontres ont lieu de 19h à 21h au Théâtre Princesse Grace.

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Informations

Opening hours : 19h00
Date : Thursday 16 October 2025
Opening hours

Events

LECTURE & DISCUSSION
Frères et sœurs

Frères et sœurs

16
Oct
20 25
Saison 2025/2026 - Les Rencontres Philosophiques de Monaco
Présenté par Robert MaggioriStéphanie Haxhe, Docteure en psychologie et thérapeute de la familleGabrielle Radica, philosopheDavid Foenkinos, écrivainLes mots se sont perdus. Dès lors on aime son mari comme on aime les chips ou son chien, on aime le cinéma comme on aime sa sœur, on aime un ami comme on aime un(e) amant(e). Les Grecs, on le sait, avaient une dizaine de termes pour distinguer les diverses formes d’amour et d’attachement, et employaient storgê - et non eros, philia ou agapé - pour qualifier le lien parental, l’amour des parents pour leurs enfants, et, par extension l’amour entre frères et sœurs (et même entre amis d’enfance, faisant comme partie de la famille). Mais cela ne renseigne guère, ou peu - il n’y aurait pas d’eros dans storgê, mais philia pourrait certainement s’y associer - sur la nature, la forme, l’intensité, la qualité du lien qui attache frères et sœurs. Ce lien est une donnée indéfectible, parce que de sang et parce qu’il ne peut être supprimé par aucune institution, même divine, quand bien même frères et sœurs n’auraient plus aucune relation effective, et possède en outre une extension maximale, pouvant d’un côté toucher l’amour proprement dit, alors incestueux, et, de l’autre, la totale indifférence, voire l’inimitié ou la haine. On constate que ce sont ces formes extrêmes là qui sont majoritairement représentées dans les textes sacrés, les mythes, les tragédies, le roman, l’art, le cinéma… Dans l’Ancien Testament, Caïn, le premier fils d’Adam et d’Eve, tue son frère Abel, dans la mythologie grecque, les fratricides et les sororicides sont aussi fréquents que les parricides, les uxoricides ou les filicides, dans la mythologie romaine, la fondation de Rome est scellée par le meurtre de Remus par son frère Romulus… A l’autre extrême, celui de l’amour, Zeus, le roi des dieux, épouse Héra, sa sœur, Osiris et Isis, deux des divinités majeures de l'Égypte antique, sont frères et sœurs, mais aussi mari et femme. Dans la réalité cependant, d’où ne sont exclues ni les relations passionnées d’amour incestueux, ni les plus féroces haines qui minent et font exploser la fratrie et la sororie - en un seul mot : l’adelphie - qu’en est-il de la nature du lien fraternel et sororal ? Qu’est en fait la fraternité/sororité ? N’est-elle nourrie que de tendre et ineffaçable affection, de soutien réciproque, d’équité, de loyauté, de mutualité ? Quelles sont les potentialités propres à ce rapport de sang, quelles fissures peut-il laisser apparaître, dues à des contextes inappropriés, des difficultés intra-familiales, des carences de confiance mutuelle, des séparations ou des éloignements, l’étouffement d’être sans cesse ensemble en un même lieu - ce qui avec le temps peut se muer en souffrances, en pathologies de la jalousie et de la rivalité, en blessures que rien ne peut plus cicatriser ? Pourquoi la fraternité est-elle devenue une valeur morale, complétant l’égalité et la liberté, alors que « sororité », hors des cercles féministes, est resté un terme, presque inusité ?Robert Maggiori
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Location : Théâtre Princesse Grace
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PHILOSOPHY
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La fidélité

La fidélité

13
Nov
20 25
Saison 2025/2026 - Les Rencontres Philosophiques de Monaco
Présenté par Raphael Zagury-OrlyChristine Détrez, sociologue, professeure à l’ENS-LyonParfois elle est de chien. Une fidélité sans faille, dense, intense, poisseuse, comparable, pour reprendre l’image de Merleau-Ponty, à ce miel épais qui colle à la cuiller. Elle est celle des hommes et des femmes qu’une foi (fides) inébranlable, rétive à toute critique, aveugle, porte au dogmatisme. Mais l’être humain, né d’autres et par d’autres accueilli, n’a pas en lui-même les ressources pour s’extraire de la déréliction, donner un sens et une direction à sa vie. Aussi est-il appelé à s’ouvrir à autrui, à donner et recevoir, à se lier à une personne, intégrer une communale de personnes, adhérer à un idéal. La fidélité «sociale», si elle n’est pas infectée de fanatisme, a d’abord ce sens: une personne est fidèle lorsque, en premier lieu, elle trouve une cause à laquelle se dédier, lorsqu’elle se voue volontairement et complètement à elle, et lorsqu’elle exprime son dévouement de façon efficiente et constante, en agissant en faveur de la dite cause. Une telle fidélité ne peut être ni suscitée, ni «exigée», ni contrainte: elle tient aux valeurs que l’on a faites siennes, aux devoirs que l’on croit moralement juste de suivre, à la «voix de la conscience», comme on disait jadis. En ce sens elle est réalisation morale et témoignage de liberté, si elle parvient à associer volonté et raison. Elle peut alors elle-même éviter d’abord de se muer en asservissement, en cette «dédition» médiévale qui liait le vassal au suzerain, en mettant toute l’obéissance d’un côté et tout le pouvoir dominant de l’autre, ensuite «vérifier», pour que soient écartée toute perversions fanatique et dogmatique, que la cause à laquelle elle s’est vouée continue bien de défendre les valeurs qui ont justifié à l’origine qu’elle s’y voue. Dans le sens plus courant et intime, la fidélité évoque moins cependant l’attachement à des valeurs politiques, religieuses, sportives, écologiques, etc., que l’engagement loyal et sincère envers une personne, avec laquelle s’est tissé un rapport d’amitié ou d’amour, que ce rapport soit institutionnalisé ou non. L’infidèle, dans ce cas, est celui qui trompe ou trahit. Il reste cependant que ce n’est jamais une personne que la personne infidèle trahit - l’ami(e), l’amant(e), l’épouse ou le mari - mais le lien qui existait entre elles, d’où est née et s’est développée une mémoire, et qui, par les valeurs qu’il contenait (l’amour, l’affection, les plaisirs, le partage, la mutualité, la complicité, la disposition à vivre l’un(e) pour l’autre et l’un(e) par l’autre, de bâtir un futur commun, de garantir chacun(e) le bonheur de l’autre, etc.), avait motivé l’engagement et assuré qu’il serait pérenne (tout couple se promet au début, et se dit à l’envi, de s’aimer sans fin, pour toujours). Dès lors, on peut estimer que l’infidélité n’est pas plus un vice que la fidélité n’est en soi, une vertu. Si elle se porte sur un lien et une mémoire, la fidélité, en elle-même, ne «fait (crée) pas le bien», mais prend soin d’une relation que soude, au sein d’un couple par exemple, l’amour, lequel est certes une vertu, productrice de bien - mais non pas comme amour, comme état, mais comme fait d’aimer, comme élan qui sort de soi même (dans le deux sens: issu de soi, portant hors de soi), et dont personne d’autre que le sujet n’est «responsable». Lorsqu’une personne cesse d’en aimer une autre, pour toutes les raisons possibles et imaginables, personne de la déclare «infidèle». Justement parce que l’infidélité et la fidélité se définissent toujours par rapport à un lien, une relation, cimentée par un oui, par une promesse, par un pacte. L’être volage, par exemple, n’est ni fidèle ni infidèle, car, folâtrant au gré des désirs et des plaisirs, il n’a rien promis à personne ni signé aucun contrat moral. Il appert ainsi que l’infidélité n’est guère une méchanceté, au sens où l’infidèle provoquerait volontairement chez l’autre le mal et la souffrance: elle est une déchirure de contrat - la langue italienne le montre bien, qui nomme fedifrago/a l’infidèle, celui/celle qui brise (frangere) le pacte (foedus) - dont il sera certes difficile d’expliquer les motifs, une rupture de l'alliance qui avait crée la relation et qui, bien évidemment, peut susciter, chez soi-même, mésestime, regrets et remords, pour n’avoir pas tenu la promesse, et, chez l’autre, qui vivait dans la confiance et continuait à nourrir d’amour l’union, la plus grande la déception, l’infinie tristesse, une indicible douleur, le désespoir, tous les tourments imaginables, sinon un désir de vengeance. D’où il ressort que ni la fidélité ni l’infidélité ne sont décisives, bien que l’une conforte l’union et la cohésion - y compris l’union des vauriens, si elle est fidélité à une secte nocive ou à un gang mafieux - et l’autre apporte brutalement discorde, embrouilles et malheurs. L’important c’est d’aimer, l’important est de ne pas faire du mal aux autres, ne pas mépriser, ne pas humilier, ne pas blesser, ne pas meurtrir, ne pas tarir les sources de vie.Robert Maggiori
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PHILOSOPHY
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La rédemption

15
Jan
20 26
Saison 2025/2026 - Les Rencontres Philosophiques de Monaco
Les rites et les pratiques religieuses présentent bien des analogies formelles. Quelle que soit la religion, on y trouve des initiations, des prières, des offrandes, des sacrifices, des lectures des textes sacrés, des célébrations, des fêtes, des chants et des hymnes, des lieux destinés au rassemblement des fidèles. Ce qui distingue telle religion d’une autre, et qui fait le cœur vivant de chacune, c’est la forme et le contenu du salut qui dans le rapport à l’Absolu, à la Transcendance, à Dieu, au Prophète, au Messie, au fils de Dieu, est proposé aux hommes, soit la libération ou la délivrance du mal qui de quelque façon est inhérent à la condition humaine, en raison d’un péché originel, de l’emprise d’un monde jugé mauvais, de la fatalité du temps cyclique et du cycle des renaissances, des souffrances de l’exil, tant physique que métaphysique, d’une «couverture des fautes» non-advenue ou encore de l’imperfection même de l’humanité, rachetée par l’amour et le pardon divins. Chaque religion définit de façon propre le salut, qu’il s’agisse du salut individuel ou du salut collectif, et dessine avec précision les voies qui y conduisent, par adhésion à l’ordre cosmique régi par les dieux (anciennes religions ou cosmogonies mésopotamiennes), l’affranchissement du temps cyclique (sagesses ou religions extrême-orientales) ou la participation à la vie divine (religions monothéistes). Mais dans le langage courant, les termes mêmes de salut et de rédemption gardent une certaine ambiguïté. Parce qu’une certaine parenté sémantique rapproche le salut que l’on donne en saluant du salut que réalise le sauveur, ou parce que le salus – la santé en latin, la conservation de la vie – mêle salut comme délivrance et salut comme plénitude. Quant à la notion de rédemption, elle garde une origine «matérielle» qui lui pèse: le rachat – redemptio: de re- (en arrière, de nouveau) et emere (acheter, acquérir) – se rapportait dans l’Antiquité au prix que l’on devait payer pour libérer un esclave ou racheter un prisonnier, à l’acquisition, moyennant finances, d’une charge publique, à l’amende que l’on payait pour remplacer une peine corporelle, au rachat par un proche d’un bien familial vendu, voire au devoir de venger la vie ou l’honneur offensé d’un membre de sa famille. Aussi la distance apparaît-elle grande entre ces «affaires d’argent» et le pur amour, la bonté, la miséricorde, le sacrifice, le pardon, par lequel Dieu effectue le rachat du péché originel, la «rédemption des péchés» (catholicisme), la «couverture des fautes», qui donne à l’homme qui se repent la possibilité de repartir dans la recta via (judaïsme), ou, pour les fidèles qui savent l’adorer de façon sincère et exclusive et se soumettre à sa volonté, la préservation spirituelle contre les péchés et la béatitude éternelle (islam). En son temps (XIIe siècle), Maïmonide avait déjà fustigé ce que l’espérance de rédemption pouvait avoir d’intéressé, comme un calcul de «retour de bénéfices» qui n’avait rien à voir avec le service divin par pur amour de Dieu (de fait, Moïse ne s’est jamais dit rédempteur). Si la rédemption, en effet, contient un profond et authentique appel à la liberté retrouvée, à la dignité rétablie, à la paix revenue, à l’atténuation des souffrances ou du sentiment de culpabilité qui nous taraudent, à la possibilité d’un «nouveau commencement», sinon à la réparation du monde, aussi partielle soit-elle, elle ne peut pas se borner à attendre qu’un Dieu nous sauve. On risquerait alors de songer à d’autres forces salvatrices, miscellanées de crédulité et de succédanés de religion, qui sont toutes illusoires et déforment la vue: la magie, le spiritisme, la superstition, le complotisme, l’«homme providentiel»… Mais, dans un monde sécularisé, menacé, mis à terre par la tyrannie de la force pure, promu à un futur incertain, abîmé par les dynamiques aveugles du profit, rongé par le nihilisme, ne serait-il pas possible d’attendre le salut de soi-même, ni de Dieu ni quelque sauveur mondain, mais de femmes et d’hommes de bonne volonté, suffisamment audacieux et clairvoyants pour vouloir, malgré tout, prendre soin du monde et de la société? Mais comment ranimer les volontés lorsque la raison, ou le mythe, pour l’enclencher lui désignent comme point d’Archimède – le point d’appui pour soulever la Terre – un futur toujours procrastiné, une philadelphie toujours à venir, une fin des temps qui jamais n’advient? Comment faire pour que rédemption et salut ne soient pas «ce qu’on attend toujours»? Comment (et faut-il) les séparer de leur dimension eschatologique? A la notion de «rédemption messianique» (Erlösung), Walter Benjamin associait celle de «remémoration» (Eingedenken). Il invitait par là à changer le regard, à le retourner, à concevoir la rédemption comme remémoration/commémoration des vaincus du passé, des oubliés, des effacés, des sans-voix, auxquels un pacte secret nous lie ou devrait nous lier, qui nous fait devoir de réparer les injustices et les souffrances subies. C’est dans la prise en compte des maux déjà faits, des causes de l’irréalisation des utopies sociales, que peut se forger la volonté non de restaurer le passé, mais de transformer un tant soi peu le présent de sorte que le salut des hommes, des femmes, des êtres vivants – ou simplement une vie meilleure, une vie décente pour tous et toutes – soit encore possible.Robert Maggiori
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WORKSHOP/CLASS/TRAINING & COURSE
Atelier philo jeunes (11-13 ans) : Mon corps et moi. Qui décide de ce que je fais de mon corps

Atelier philo jeunes (11-13 ans) : Mon corps et moi. Qui décide de ce que je fais de mon corps

11
Mar
20 26
Saison 2025/2026 - Les Rencontres Philosophiques de Monaco
Nous vous donnons rendez-vous pour un atelier philosophique présenté par Alicia Gauduel, animatrice d’ateliers de philosophie pour enfants et adultes, le mercredi 11 mars de 14h30 à 15h30, en collaboration avec la Médiathèque de Monaco.
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Location : Monaco Multimedia Library
PHILOSOPHY
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LECTURE & DISCUSSION
Corps sportif, corps esthétique

Corps sportif, corps esthétique

12
Mar
20 26
Saison 2025/2026 - Les Rencontres Philosophiques de Monaco
C’est en passant par la porte de Dipylon, au nord-ouest d’Athènes, qu’on arrivait après deux kilomètres à peine, à l’Académie que Platon avait ouvert après la mort de Socrate. Dans l’enceinte de la propriété, se trouvaient un grand jardin, plusieurs autels, des portiques, une statue d’Apollon, un sanctuaire dédié à Athéna, quelques habitations, des salles de cours et un gymnase. Tout semblait être voué à l’éducation, dont les lieux mêmes suggéraient qu’elle devait être indissociablement religieuse, citoyenne, physique et intellectuelle. Venus de toutes la Méditerranée, les étudiants – dont quelques femmes, comme en témoigne Diogène Laërce – remplissaient leurs devoirs religieux, suivaient les leçons théoriques, apprenaient la gymnastique, la lutte, le pancrace, le lancer, la course, et, sous les portiques, lieux de rencontre et d’échange, ils parachevaient leur formation civique par l’art de la discussion publique. Ces activités étaient toutes portées par le même idéal: celui de l’équilibre – équilibre entre ce qu’on demande aux dieux par des offrandes et ce qu’on peut en obtenir, équilibre entre développement physique (gymnastikē) et développement intellectuel (mousikē), équilibre entre les différentes parties de l’âme dans le corps (pour simplifier: raison/tête, courage/cœur, désir/ventre), équilibre entre les composantes de la cité (la tête est associée aux gouvernants, le cœur aux guerriers, le ventre au peuple), qui devient cité idéale à mesure que l’équilibre devient harmonie, dont le nom sera justice. Dès son origine grecque la philosophie pose donc comme une équipollence entre corps sportif et esprit éclairé, l’un tempérant l’autre, au sens où la seule activité gymnique/athlétique peut tendre vers la force ou la brutalité, et où la musique, la poésie, la rhétorique, la dialectique et autres «arts mentaux» pourraient, exercés seuls, conduire à une faiblesse ou une «tendresse» privées de l’énergie nécessaire à l’action, y compris illocutoire. Est juste et belle l’action qui maintient l’équilibre, qui fait que l’intellect mesure et modèle le développement athlétique, et que le corps bien entraîné, s’harmonisant par l’exercice régulier, favorise l’ordre, l’effectivité et la cohérence de la pensée. L’harmonie du corps est harmonie de l’esprit, et l’harmonie des esprits est harmonie politique, harmonie de la cité – idéal qui se muera en dystopie dès que le corps sera perçu avec le christianisme comme lieu de péché, réceptacle de désirs honteux, méritant d’être puni, humilier, blesser, mortifier. L’harmonie du corps n’a pas seulement une dimension éthique et politique. La statuaire grecque classique montre à elle seule qu’elle doit à une sorte de mathématique des proportions, qui en fait le reflet d’un ordre divin ou de l’ordre cosmique, et la rend aussitôt «esthétique». Ainsi, pour théoriser l’esthétique du corps nu et la beauté parfaite, le sculpteur Polyclète (voir Le Doryphore) fixe-t-il dans le Canon (Ve siècle av. J.-C.) des principes de proportion extrêmement précis: la tête entre 7 fois dans la hauteur du corps, les jambes et le torse mesurent la même hauteur, soit trois fois celle de la tête, les genoux et les pieds font deux fois la hauteur de la tête, tout comme la largeur des épaules, le bassin mesure les deux tiers du torse, les cuisses représentent deux tiers des jambes, etc. Un siècle après, Lysippe modifiera les règles, dans le souci de rendre la silhouette humaine plus svelte et élancée. Et Léonard de Vinci (voir L’homme de Vitruve), lui, définira le canon en fonction du nombre d’or ou section dorée (rapport unique entre deux longueurs a et b telles que le rapport de la somme des deux longueurs (a + b) sur la plus grande (a) soit égal au rapport de la plus grande (a) sur la plus petite (b)). Dans chaque cas, il s’agit, pour définir la (représentation) de la «beauté», de définir le rapport le plus harmonieux entre les parties d’un ensemble et l’ensemble lui-même – rapport qui pourrait se trouver dans la nature, les dimensions et proportions d’un arbre, la disposition des feuilles sur une tige ou des graines dans le cœur d’une fleur de tournesol, les spirales des coquillages, et auquel les arts, entre autres l’architecture, ont habitué l’œil. Le corps sportif, dès lors, soumis à la régularité de l’effort, à la musculation, à l’entraînement, pourrait s’éloigner du corps esthétique, d’autant que chaque sport nécessite une attention particulière au développement de tel ou tel muscle, telle partie du corps, qui fait que le corps d’une sauteuse en hauteur ou d’un lanceur de disque n’est pas celui d’une haltérophile ou d’un marathonien. On notera d’abord que le corps esthétique, associé à la peinture, au cinéma, à la mode, est soumis à la rotation incessante des critères – si bien qu’un martien soudainement tombé sur Terre à qui l’ont montrerait des nus de Rubens, de Bonnard ou de Modigliani, quelques films de Fellini, Pasolini ou Fassbinder, ne saurait pas vraiment ce qu’est la beauté idéale d’un corps, féminin ou masculin. Aussi prendre soin de son corps afin de le rendre moins réceptif à ce qui pourrait l’abîmer et davantage conforme à nos propres desiderata, hygiéniques, cosmétiques, esthétiques, est-il moins usant et périlleux que de vouloir l’alléger, le muscler, le maquiller, le modifier, pour qu’il réponde aux normes fixées par la société, lesquelles changent toutes les saisons comme changent les modes, ou par l’idéologie (on se souvient de la manière dont nazisme et fascisme, par l’obligation d’activités gymniques et sportives, ont voulu imposer au corps une forme esthétique musclée correspondant à la force et la puissance des politiques qu’ils mettaient en œuvre). Le corps sportif ne peut cependant pas renoncer à toute esthétique, parce qu’il possède tout à la fois les dimensions du jeu (on dit bien «jouer» au football), de la guerre (l’agon, la compétition), du travail (l’effort) et de l’art (gymnastique rythmique, patinage artistique…). Aucune de ces dimensions ne peut être enlevée: si on ôte les règles du jeu, sur le terrain c’est la guerre, si on ôte la compétition, reste le jeu mais disparaît le «match», etc. Aucun sport, autrement dit, ne peut renoncer à être aussi un art. Et là se trouve le facteur qui d’une certaine façon «contraint» le corps sportif à se rendre esthétique: à savoir que l’esthétisation du geste sportif rend celui-ci plus performant. Si on lançait un javelot comme ça, juste devant soi, il n’irait pas loin: la puissance de la course d’élan, le «pas croisé» et le blocage de la jambe avant, la rotation du buste, l’alignement du pied, du genou, de la hanche et de l’épaule, la sublime semi-ellipse que dessine le bras… voilà ce qui propulse la lance au plus loin. Tout corps sportif, autrement dit, est un corps esthétique – mais on ne sait pas si la réciproque est toujours vraie. Robert Maggiori
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Location : Théâtre Princesse Grace
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Gratitude

02
Apr
20 26
Saison 2025/2026 - Les Rencontres Philosophiques de Monaco
What poisons morality is that evil is easier than good. Evil, indeed, need only be done once for it to be done forever – if there is little forgiveness for it. Whereas good does not accumulate, and having done it once does not exempt one from doing and redoing it again. Thus the soldier who betrays, delivering his friends to the enemy, becomes a traitor, is a traitor and will remain one, whereas the poor person who gives to someone poorer than themselves accomplishes a good deed, admirable even, as admirable as that of the poor swimmer who jumps despite his fear into the torrent to save a child, but neither one nor the other is, from that moment on, generous or courageous forever. A small shortcoming of the French language reveals this with respect to gratitude: negatively, one is ungrateful if one has not once shown the slightest recognition to anyone for a benefit received, but positively, if one has already done so, honestly and sincerely, one is not forever… a "grateful person" (grat). Gratitude has ingratitude as its opposite, but in French, ungrateful has no antonym (existing in other languages: grateful, grato, agradecido). Should we conclude from this that gratitude is a "flickering" virtue, that it cannot become a "state", a modality of being (hence the expression "je vous sais gré", in place of "je vous suis gré"), a stable moral inclination, and even less a "character trait"? How could it have been described – by Cicero – as the "mother of all virtues", if it manifests itself "by reaction", if it is aroused by a benefit received, a favour that comes to us from others, if it is "secondary", if it thus lacks this "force of beginnings", inaugural, proper to all virtue, and to love in particular?That gratitude derives from the Latin gratitudo – namely a disposition or a feeling of affection and recognition for a gift, a favour or a benefit received, accompanied by the sincere intention to repay it – is self-evident. It is worth exploring the word further, coming thus from gratus, "grateful". If the noun gratitudo is monosemous – meaning only recognition, memory of the benefit received – the adjective gratus, on the other hand, refers to several meanings: a sense one could call objective, associating it with what one finds to one's liking, what is "gradito", approved, pleasant, agreeable, appreciated, welcome – what the persona non grata is not – and the subjective sense of "being grateful", even obliged or indebted. The two meanings are not divergent, however: recognition is not dissociated from a feeling of pleasure, of satisfaction, insofar as the favour received was not asked for and is not subject to any condition, neither psychological, nor moral nor pecuniary: it is therefore – here the related terms cluster – "gracious", gratuitous, gratis, gratifying, and one can congratulate oneself on having obtained it and congratulate the generous giver, tell them grazie. Italian ringraziare or Spanish dar la gracias link to the family, whereas the French remercier and merci derive from merces, meaning first "price", salary, reward, ransom, then "favour", pity (without mercy), dependence (to be at the mercy of), "grace" (God merci, asking mercy) and "render grace to", that is to thank, while English thanks and German Danke both carry a kinship with "think", to think, denken, probably in the sense of "think of", "not forget" the good done to us, to be thankful or dankbar. The linguistic paths that lead to the "thank you" of gratitude are infinite!All these expressions actually touch one or other of the three "levels" that Saint Thomas Aquinas saw in gratitude: recognising the benefit received, praising the giver, giving them "grace" and thanking them, finally, according to possibilities or opportunities, making it one's duty and an "obligation" to give in return, repay the favour (which the Portuguese thank you expresses: obrigado).All the virtue of love lies in the force of loving, and not in being loved – as one already reads in Plato's Banquet. And it is perhaps this active infinitive which, at first glance, seems to be lacking in gratitude. It was said: it is secondary, reactive: in fact, even if expressed or cultivated in the silence of the soul, gratitude always pertains to a relational dynamic in which it has no initiating power: it always manifests itself with respect to something or towards someone, whose action has preceded it. The good has been done – but not by me, who am now placed in the position of welcoming and blessing it without having created it. From a psychological point of view, this position is liable to give rise to a feeling of inferiority, an "unease" comparable to that of the destitute person to whom a subsistence allowance is granted, or to that which anyone experiences when they receive a loan, a subsidy, alms, "humanitarian aid". Your generous help is precious to me, I am grateful to you and thank you – but how I wish I had never needed it! This feeling is never that of the ungrateful person, whose ego is so voracious that they think only of fattening themselves and taking everything for themselves, without worrying about the source of the "gifts", nor the identity, motivations, intentions of those who come to their aid. But the person of conscience can feel "in debt", suffer from being in the position of debtor, and, in order not to experience it as a pain of humiliation, want as quickly as possible to settle the debt, in other words to return to a "logic of gift" in which exchange restores parity.But is this not to forget the "grace" that is in gratitude? If it puts one "to the test", it is not because it indebts me, but because it cracks the armour of pride with which I surround myself to feel strong by myself and invulnerable, and which, in fact, is only a paper armour, a sham, an illusion – for no human being is autonomous and self-sufficient, none can be without others, without a life received, a language received, an education received, a culture received… When the armour crumbles to pieces, one realises that literally gratitude is a receipt, a "certificate" that attests that the sale and purchase did indeed take place, that the invoice has indeed been paid – that I have received as a gift the faculty of becoming a human being from other human beings, that I have received the aptitude to do good from other human beings, who had already done so when I was still incapable. The logic of exchange creates symmetry. Evil, likewise, as it goes in revenge – which, moreover, "infinitises" it, an ever greater evil ever responding to the evil suffered. In gratitude, on the other hand, a relationship is created which Catherine Chalier said to be "asymmetrical": to be grateful is always to respond to an action done for my benefit, but this response is still an awakening of my consciousness, which, shaken certainly by others, can then "see" that good can be done since it has already been done. Ingratitude interrupts like a refusal the moral action, provokes disappointment, regret, makes the good intention of the giver retract like a snail's horn, thus leaving evil the possibility of resuming its deleterious cycles. Gratitude, on the contrary, leaves open the path to good, allows moral action to continue, "gracious", gratuitous and never finished. Strictly speaking, gratitude has nothing to repay – what could one repay to the God who created us? to the parents who educated us? to the masters who trained us? to those one has loved, who loved us and are no longer here? – but through grace it restores and shows to all the beauty that an act of altruism contains and spreads.Robert Maggiori
Proposed by : Rencontres Philosophiques de Monaco
Location : Théâtre Princesse Grace
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