La réputation

La réputation

14
November
20 24
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Introduction

De même que l’on parle et devient sujet en recevant la langue des autres, de même ce que l’on est et ce que l’on pense dépend, en grande partie – du moins originairement – de ce que les autres pensent et pensent que je suis. Aussi le matamore ou l’olibrius qui affirmerait ne tenir aucun compte de ce qu’autrui pense de lui serait-il peu crédible. Chacun sait qu’un seul mot venant d’un proche, voire d’un inconnu, peut aussi bien redonner courage et vie que blesser mortellement l’âme. De ce que l’on dit (fari) ou pense (putare) de nous, naissent soit la fama (laquelle, avant d’être «gloire» ou «célébrité» est d’abord une nouvelle, souvent incontrôlée, qui se diffuse rapidement et largement), soit la réputation, faite des opinions, des jugements, des façons, positives ou négatives, dont on est «estimé» ou «considéré» par autrui. Il serait hasardeux d’estimer que la réputation relève moins de ce que l’on est que de ce qu’on a fait, publiquement. Répondant assez mal à la volonté, aléatoire et peu susceptible d’être contrôlée, elle ne se réduit cependant pas à une simple «extension» du moi, pas plus que l’habit ne fait le moine. Elle est une forme de présence d’autrui et de la société en moi, dont je ne puis (ni ne veux souvent) me départir et qui, un peu comme un accent dans la façon de parler, m’annonce, me précède («elle arriva pour un concert à Paris précédée d’une réputation sulfureuse…»), me préfigure, me porte… C’est pourquoi, comme à l’honneur autrefois, l’atteinte à la réputation écorche non l’apparence mais la personne elle-même. Certes, on peut rester coi, vivre heureux en vivant caché, mais si l’on a recherché une «visibilité», la renommée ou la célébrité, et qu’on les a gagnées par son travail, ses talents, ses exploits, son art, alors leur amenuisement ou leur volatilisation seront vécues comme une sorte de mutilation, qu’accompagne la souffrance du «retour à l’anonymat». C’était le cas, jadis, de certaines figures du sport ou du spectacle, dont plus personne ne retrouve les noms ni ne sait qu’elles eurent à une époque une immense popularité.

La révolution numérique, les réseaux sociaux, la communication instantanée et généralisée ont modifié les choses. La réputation n’est plus attachée à une notoriété acquise par ses œuvres (peu importe leur nature: cinématographiques, architecturales, culinaires, sportives, artistiques, littéraires, graphiques….) mais peut naître en quelques secondes d’un tweet, d’une story, une image ou une vidéo qui «font le tour du monde». Plus encore : elle est liée à la simple «activité», souvent ludique, à laquelle chacun(e) se livre sur les réseaux sociaux et qui, volens nolens, suscitent une e-reputation, tantôt durable, le plus souvent éphémère, mais, du fait qu’à sa formation contribuent de parfaits inconnus, totalement incontrôlable et à la merci de tous. Dit autrement, chacun à présent est une «personne publique», dont la personnalité réelle, intime, peut être totalement ignorée, mais dont comptent essentiellement le «profil», les posts et les «activités». Cela peut évidemment lui valoir une grande e-reputation, mesurée en likes et en nombre de followers, mais l’expose aussi clairement – quand bien même il aurait tout fait pour mesurer ses paroles publiques, ne rien dire qui puisse être mésinterprété – à n’importe quel avis aléatoire, aux médisances, aux perfidies, aux harcèlements en tout genre. Il suffit d’un message, repris et relayé avec une incompréhensible et ignoble gourmandise – un ragot, un persiflage, une calomnie, une allégation gratuite… – pour ruiner une réputation, ou plutôt l’inverser en «mauvaise réputation», sceau infâme imprimé non sur les «habits» de la victime mais sa peau même. Que s’est-il passé dans la société pour que naisse à si grande échelle le désir de dénigrement, de diffamation. Si « l’ homme est un loup pour l’homme », la guerre, on le sait est de tous contre tous. Mais qu’advient-il s’il se mue en corbeau, postant, la nuit, dans des réseaux asociaux, messages et lettres de délation?

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Betweens // Lecture by Siri Hustvedt

Betweens // Lecture by Siri Hustvedt

19
Feb
20 26
The keynote lecture by Siri Hustvedt, delivered as part of the Principality Prize awarded jointly by the Prince Pierre Foundation and the Monaco Philosophical Encounters.The lecture took place on 17 October 2025 at the Théâtre des Variétés, Monaco.// About Siri Hustvedt – Siri Hustvedt is the author of a poetry collection, six essay collections and seven novels, including The Blazing World, shortlisted for the Man Booker Prize and winner of the Los Angeles Book Prize for Fiction. Her work spans literature, philosophy, neuroscience and psychoanalysis, earning her prestigious distinctions including the International Gabarron Prize for Thought and Humanities, the European Essay Prize from the Charles Veillon Foundation, the Literature Prize from the American Academy of Arts and Letters, and the Princess of Asturias Prize in Spain. Born in Minnesota and based in Brooklyn, New York, Siri Hustvedt stands as a major voice in the international intellectual landscape.// The Principality Prize – The Prince Pierre Foundation of Monaco and the founding members of the Monaco Philosophical Encounters are jointly committed to awarding the Principality Prize each year to an author for the body of their philosophical work, honouring a lifetime of writing in philosophy—a singular œuvre that has opened new paths in the field of philosophy and engaged innovative approaches to science, politics, theology, history, anthropology, ethics and psychoanalysis. The Principality Prize laureate is invited to deliver a lecture following the prize ceremony. Awarded jointly by the Monaco Philosophical Encounters and the Prince Pierre Foundation of Monaco, the 2025 Principality Prize was awarded to Siri Hustvedt on Tuesday 14 October 2025 in Monaco.// Lecture with French supertitles. Text translated from English by Cécile Dutheil de la Rochère.
Proposed by : Rencontres Philosophiques de Monaco
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Loyalty

Loyalty

13
Nov
20 25
Presented by Raphael Zagury‑Orly (philosopher and founding member), with Christine Détrez (sociologist and professor), Alice Ferney (writer), Laurence Hansen‑Løve (philosopher). Sometimes it is of the dog.
Proposed by : Rencontres Philosophiques de Monaco
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Brothers and Sisters

Brothers and Sisters

16
Oct
20 25
Words have been lost. Hence we love our husband as we love crisps or our dog, we love cinema as we love our sister, we love a friend as we love a lover. The Greeks, as we know, had some ten terms to distinguish the various forms of love and attachment, and employed storgē—not eros, philia or agapē—to qualify the parental bond, the love of parents for their children, and, by extension, the love between brothers and sisters (and even between childhood friends, as if part of the family). Yet this tells us little, or scarcely anything—there would be no eros in storgē, but philia could certainly associate with it—about the nature, form, intensity, quality of the bond that attaches brothers and sisters. This bond is an indefectible given, because it is one of blood and because it cannot be suppressed by any institution, even divine, even if brothers and sisters were to have no further actual relationship, and moreover possesses a maximum extension, able on one side to touch love properly so called, then incestuous, and on the other, total indifference, even enmity or hatred. We observe that it is these extreme forms that are predominantly represented in sacred texts, myths, tragedies, novels, art, cinema... In the Old Testament, Cain, the first son of Adam and Eve, kills his brother Abel; in Greek mythology, fratricides and sororicides are as frequent as patricides, uxoricides or filicides; in Roman mythology, the founding of Rome is sealed by the murder of Remus by his brother Romulus... At the other extreme, that of love, Zeus, king of the gods, marries Hera, his sister; Osiris and Isis, two of the major deities of ancient Egypt, are brother and sister, but also husband and wife. In reality, however, from which neither passionate incestuous love relations nor the fiercest hatreds that undermine and shatter fraternity and sorority—in a single word: adelphie—are excluded, what is the nature of the fraternal and sororal bond? What in fact is fraternity/sorority? Is it nourished only by tender and indelible affection, mutual support, equity, loyalty, mutuality? What potentialities are inherent to this blood relationship, what fissures can it reveal, owing to inappropriate contexts, intra-familial difficulties, deficiency of mutual trust, separations or distance, the suffocation of being forever together in the same place—which over time can transform into suffering, into pathologies of jealousy and rivalry, into wounds that nothing can ever heal? Why has fraternity become a moral value, completing equality and freedom, while "sorority", outside feminist circles, has remained an almost unused term?– Robert Maggiori
Proposed by : Rencontres Philosophiques de Monaco
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