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CONFÉRENCE & RENCONTRE

La rédemption

15
Janvier
20 26
AUTRE TOUT PUBLIC
PMR
La rédemption
Accès libre

Présentation

Les rites et les pratiques religieuses présentent bien des analogies formelles. Quelle que soit la religion, on y trouve des initiations, des prières, des offrandes, des sacrifices, des lectures des textes sacrés, des célébrations, des fêtes, des chants et des hymnes, des lieux destinés au rassemblement des fidèles. Ce qui distingue telle religion d’une autre, et qui fait le cœur vivant de chacune, c’est la forme et le contenu du salut qui dans le rapport à l’Absolu, à la Transcendance, à Dieu, au Prophète, au Messie, au fils de Dieu, est proposé aux hommes, soit la libération ou la délivrance du mal qui de quelque façon est inhérent à la condition humaine, en raison d’un péché originel, de l’emprise d’un monde jugé mauvais, de la fatalité du temps cyclique et du cycle des renaissances, des souffrances de l’exil, tant physique que métaphysique, d’une «couverture des fautes» non-advenue ou encore de l’imperfection même de l’humanité, rachetée par l’amour et le pardon divins. Chaque religion définit de façon propre le salut, qu’il s’agisse du salut individuel ou du salut collectif, et dessine avec précision les voies qui y conduisent, par adhésion à l’ordre cosmique régi par les dieux (anciennes religions ou cosmogonies mésopotamiennes), l’affranchissement du temps cyclique (sagesses ou religions extrême-orientales) ou la participation à la vie divine (religions monothéistes). Mais dans le langage courant, les termes mêmes de salut et de rédemption gardent une certaine ambiguïté. Parce qu’une certaine parenté sémantique rapproche le salut que l’on donne en saluant du salut que réalise le sauveur, ou parce que le salus – la santé en latin, la conservation de la vie – mêle salut comme délivrance et salut comme plénitude. Quant à la notion de rédemption, elle garde une origine «matérielle» qui lui pèse: le rachat – redemptio: de re- (en arrière, de nouveau) et emere (acheter, acquérir) – se rapportait dans l’Antiquité au prix que l’on devait payer pour libérer un esclave ou racheter un prisonnier, à l’acquisition, moyennant finances, d’une charge publique, à l’amende que l’on payait pour remplacer une peine corporelle, au rachat par un proche d’un bien familial vendu, voire au devoir de venger la vie ou l’honneur offensé d’un membre de sa famille. Aussi la distance apparaît-elle grande entre ces «affaires d’argent» et le pur amour, la bonté, la miséricorde, le sacrifice, le pardon, par lequel Dieu effectue le rachat du péché originel, la «rédemption des péchés» (catholicisme), la «couverture des fautes», qui donne à l’homme qui se repent la possibilité de repartir dans la recta via (judaïsme), ou, pour les fidèles qui savent l’adorer de façon sincère et exclusive et se soumettre à sa volonté, la préservation spirituelle contre les péchés et la béatitude éternelle (islam). En son temps (XIIe siècle), Maïmonide avait déjà fustigé ce que l’espérance de rédemption pouvait avoir d’intéressé, comme un calcul de «retour de bénéfices» qui n’avait rien à voir avec le service divin par pur amour de Dieu (de fait, Moïse ne s’est jamais dit rédempteur). Si la rédemption, en effet, contient un profond et authentique appel à la liberté retrouvée, à la dignité rétablie, à la paix revenue, à l’atténuation des souffrances ou du sentiment de culpabilité qui nous taraudent, à la possibilité d’un «nouveau commencement», sinon à la réparation du monde, aussi partielle soit-elle, elle ne peut pas se borner à attendre qu’un Dieu nous sauve. On risquerait alors de songer à d’autres forces salvatrices, miscellanées de crédulité et de succédanés de religion, qui sont toutes illusoires et déforment la vue: la magie, le spiritisme, la superstition, le complotisme, l’«homme providentiel»… Mais, dans un monde sécularisé, menacé, mis à terre par la tyrannie de la force pure, promu à un futur incertain, abîmé par les dynamiques aveugles du profit, rongé par le nihilisme, ne serait-il pas possible d’attendre le salut de soi-même, ni de Dieu ni quelque sauveur mondain, mais de femmes et d’hommes de bonne volonté, suffisamment audacieux et clairvoyants pour vouloir, malgré tout, prendre soin du monde et de la société? Mais comment ranimer les volontés lorsque la raison, ou le mythe, pour l’enclencher lui désignent comme point d’Archimède – le point d’appui pour soulever la Terre – un futur toujours procrastiné, une philadelphie toujours à venir, une fin des temps qui jamais n’advient? Comment faire pour que rédemption et salut ne soient pas «ce qu’on attend toujours»? Comment (et faut-il) les séparer de leur dimension eschatologique? A la notion de «rédemption messianique» (Erlösung), Walter Benjamin associait celle de «remémoration» (Eingedenken). Il invitait par là à changer le regard, à le retourner, à concevoir la rédemption comme remémoration/commémoration des vaincus du passé, des oubliés, des effacés, des sans-voix, auxquels un pacte secret nous lie ou devrait nous lier, qui nous fait devoir de réparer les injustices et les souffrances subies. C’est dans la prise en compte des maux déjà faits, des causes de l’irréalisation des utopies sociales, que peut se forger la volonté non de restaurer le passé, mais de transformer un tant soi peu le présent de sorte que le salut des hommes, des femmes, des êtres vivants – ou simplement une vie meilleure, une vie décente pour tous et toutes – soit encore possible.

Robert Maggiori

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Informations Pratiques

Heure d'ouverture : 19h00
Date : jeudi 15 janvier 2026
Horaires d'ouverture

Autour de l'événement

CONFÉRENCE & RENCONTRE
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La perversion

11
Déc.
20 25
Il n’est de perversion qu’en rapport à un ordre - religieux, politique, social, moral, sexuel. A la fin de son Tristan, venu au jour dans les années 1155 et 1175, le poète normand Thomas salue les amants, les rêveurs, les sentimentaux, les voluptueux et les «purvers» qui ont écouté ses vers, et parle de Tristan et d’Yseut comme d’«amanz purvers», précisément parce, tenant de la «folie», leur liaison va à l’encontre de toutes les lois de la société et pervertit le «droit ordre» représenté par la cour du roi Marc. Dans la Divine comédie, par «gente perverse», Dante désigne les païens, fourvoyés hors de la voie religieuse, et nomme «pervers» Lucifer, qui a bafoué tous les ordres en bafouant celui de Dieu. Génériquement, la perversion - de per, indiquant le «travers» (traverser, aller de travers, dériver, prendre à l’envers), et volgere, tourner - est une déviation, une «dé-route», un éloignement, un abandon plus ou moins délibéré des normes sociales en vigueur, majoritairement partagées, cimentées par des principes, véhiculées la tradition, ou encore une altération, jugée néfaste, sinon maladive, d’un processus psychique, d’un sentiment, d’un comportement. Les coutumes, les valeurs et les modes de vie variant sans cesse, cependant, les normes aussi changent: les rapports amoureux avec des enfants n’étaient guère «déviants» dans l’Antiquité grecque, mais aujourd’hui la pédophilie compte parmi les perversions. Une étude des usages linguistiques du terme montrerait que son spectre sémantique est extrêmement ample: ainsi peut-on parler d’un mécanisme pervers, en sociologie des «effets pervers» d’une théorie (non calculés, non pris en compte, inattendus), d’une perversion du goût ou de l’odorat causée par certaines pathologies, de perversion du jugement, de perversion des principes démocratiques, et donner à pervers le sens de malin, diabolique, erroné, scélérat, dépravé, perturbé, hostile, douloureux, infecté, violent, déchirant, etc. C’est sa signification sexuelle qui est cependant devenue hégémonique. A son orée, la science médicale a souvent jugé les pervers sexuels comme de possibles personnes dégénérées, tarées, porteuses d’anomalies héréditaires, proches de celles que l’on considérait être constitutionnellement malignes ou criminelles. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle - neuf ans avant que Freud ne publie en 1905 les Trois essais sur la théorie de la sexualité - que dans son célèbre Psychopathia sexualis (1886), le psychiatre viennois Richard von Krafft-Ebing établit le liste de toutes les perversions connues (en introduisant, par référence à l’écrivain Leopold von Sacher-Masoch, les notions de sadisme et de masochisme), ouvrage dont il faut rappeler qu’il est écrit dans une langue volontairement «savante» (certains passages sont en latin) susceptible de décourager toute malsaine curiosité, qu’était destiné à servir de manuel de référence aux médecins légistes, aux criminologues et aux magistrats, et qu’il contient certains «énoncés» ou postulats dont on à peine à croire qu’ils soient ceux sur lesquels Freud dit avoir «appuyé» les siens dans les Trois essais: «Le membre viril est destiné à être introduit dans le vagin. Si, au lieu de l’instinct normal, il en existe un autre qui ne s’harmonise pas avec la conformation anatomique des parties génitales, il y a là un disparate qui fait apparaître le cas non seulement comme anormal, mais aussi comme pathologique». On comprend dès lors que le générique des perversions, définies - avant Freud - «selon l’objet» (homosexualité) ou «selon le but» (sado-masochisme, fétichisme), puisse être long, peuplé de criminels sexuels, de masturbateurs, de voyeurs, sadiques, fétichistes, coprophiles, travestis, sodomites, urophiles, exhibitionnistes, renifleurs, zoophiles, zooérastes, pédophiles, gynécomastes, mixoscopophiles, «frotteurs», nécrophiles, et on en passe. Richard von Kraft-Ebing se s’est jamais départi de son souci de scientificité, mais son livre à succès l’a littéralement «dépassé», a débordé le public de spécialistes, et s’est mué en inépuisable archive du sexe que tous fouillent et consultent pour dénicher, sous les perversions du plaisir, le plaisir des perversions.Ensuite Freud viendra, la psychanalyse, l’enfant «pervers polymorphe», la sexualité «prégénitale», la perversion (névrose? psychose?) chez l’adulte comme résultat d’une insuffisante maturation psycho-sexuelle et d’une fixation à des stades évolutifs infantiles, ou à une régression, un retour à des comportements infantiles censément dépassés. Dans cette constellation, des temps plus récents ont inscrit la figure difficilement cernable et redoutable du «pervers narcissique» (Paul-Claude Racamier). Il n’est pas de véritable accord sur l’origine des perversions, ni sur leur classification, d’autant que plus personne, ou presque, ne tient à y inclure des pratiques érotiques et sexuelles auxquelles des personnes adultes mutuellement consentantes ont tout loisir de se livrer pour leur plaisir. Dès lors le «pervers narcissique» attire davantage l’attention, parce que s’y révèle moins un trouble clinique qu’une pathologie relationnelle dans laquelle chacun(e), à son contact, peut être «pris(e)», et où le «respect de l’autre» n’existe pas. S’il n’était que narcissique, le sujet ne ferait que s’auto-estimer, se complaire et se survaloriser - mais, pervers, il dévalorise l’autre, exploite ses sentiments, soient-il d’amitié, d’amour ou de collaboration, utilise toutes les stratégies aptes à faire passer ses proches pour responsables de son mal-être, de ses propres souffrances, et jouit s’il y réussit. Là où fleurit ce type de perversion, périt toute possibilité d’ «être-ensemble»
Proposé par : Rencontres Philosophiques de Monaco
Lieu : Théâtre Princesse Grace
Tout public
PMR
CONCERT
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Charlie et la chocolaterie

12
Déc.
20 25
14
Déc.
20 25
La comédie musicale de Noël à Monaco
Proposé par : Grimaldi Forum
Lieu : Grimaldi Forum
Tout public
PMR
CONCERT
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Cats d'Andrew Lloyd Webber

17
Déc.
20 25
La comédie musicale CATS au succès sans égal d’Andrew Lloyd Webber, s’installe à l’Opéra de Monte-Carlo pour deux semaines exceptionnelles, du 14 au 31 décembre 2025. 
Proposé par : Opéra de Monte-Carlo
Lieu : Opéra Garnier Monte-Carlo
Tout public
PMR