Betweens // Conférence de Siri Hustvedt

Betweens // Conférence de Siri Hustvedt

19
Février
20 26
LITTÉRATURE PHILOSOPHIE TOUT PUBLIC
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Présentation

La conférence magistrale, de Siri Hustvedt, donnée dans le cadre du Prix de la Principauté remis conjointement par La Fondation Prince Pierre et Les Rencontres Philosophiques de Monaco.

La conférence s'est tenue le 17 octobre 2025 au Théâtre des Variétés, Monaco

// Siri Hustvedt est auteure d’un recueil de poésie, de six recueils d’essais et de sept romans dont «The Blazing World», sélectionné pour le Man Booker Prize et lauréat du Los Angeles Book Prize for Fiction. Son travail est au croisement entre littérature, philosophie, neurosciences et psychanalyse, lui a valu de prestigieuses distinctions tels que l’International Gabarron Prize for Thought and Humanities, le Prix européen de l’essai de la Fondation Charles Veillon, le Prix de littérature de l’American Academy of Arts and Letters, and le prix Princesse des Asturies en Espagne. Née dans le Minnesota et installée à Brooklyn (New York), Siri Hustvedt s’impose comme une voix majeure de la scène intellectuelle internationale.

// La Fondation Prince Pierre de Monaco et les membres fondateurs des Rencontres Philosophiques de Monaco prennent ensemble l’engagement de décerner chaque année le Prix de la Principauté à un auteur pour l’ensemble de son œuvre philosophique, honorant ainsi une vie d’écriture en philosophie, une œuvre singulière qui a ouvert des voies inédites dans le domaine de la philosophie et engagé des approches différentes de la science, de la politique, de la théologie, de l’histoire, de l’anthropologie, de l’éthique ou de la psychanalyse. Le lauréat du Prix de la Principauté est invité à donner une conférence suivant la remise du Prix. Décerné conjointement par les Rencontres Philosophiques et la Fondation Prince Pierre de Monaco, le Prix de la Principauté 2025 a été décerné à Siri Hustvedt le mardi 14 octobre 2025 à Monaco.

// Conférence surtitrée en français. Texte traduit de l’anglais par Cécile Dutheil de la Rochère.

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11
Févr.
20 26
« La tension entre un besoin vital de spontanéité dans la réalisation de mes idées et un goût prononcé pour la plus rigoureuse discipline est au cœur de mon processus artistique. Au début, j’avais tendance à osciller entre ces deux pôles, sans parvenir à les faire véritablement coexister. Aujourd’hui, la synthèse de ces forces apparemment contradictoires constitue le fondement même de ma pensée musicale : la vraie liberté ne s’obtient qu’au prix de l’adoption volontaire des contraintes les plus sévères. Ce principe essentiel irrigue l’œuvre des artistes qui ont nourri mes réflexions — qu’ils viennent de la littérature, de la poésie, de la photographie, du cinéma, de la peinture ou de l’architecture. Dans cette conférence, je décrirai mon processus en proposant à l’écoute des extraits de certaines de mes œuvres, et je présenterai également des créations d’autres artistes, afin de montrer comment il est possible de conquérir cette liberté d’expression que tant recherchent. » Samuel AndreyevArtiste polyvalent, compositeur, poète et photographe, Samuel Andreyev vit et travaille entre Strasbourg et Kehl. Depuis trente ans, il a développé une œuvre d’une grande finesse, alliant imagination et intensité expressive. Actif dans de nombreux domaines, il écrit pour orchestre, solistes, voix et ensembles de chambre, tout en créant des albums à la croisée de la pop et de la musique expérimentale. Il compose également pour le cinéma. Reconnu pour son talent à transmettre les idées de la création contemporaine à une large audience, ses publications en ligne sont toujours suivies par un public nombreux, fidèle et enthousiaste. Il est souvent invité à enseigner à travers l’Europe. Il est membre du Conseil musical de la Fondation Prince Pierre de Monaco depuis 2018.
Proposé par : Fondation Prince Pierre de Monaco
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La fidélité

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13
Nov.
20 25
Présenté par Raphael Zagury-Orly, philosophe et membre fondateur Avec Christine Détrez, sociologue et professeure Alice Ferney, auteure Laurence Hansen-Løve, philosophe Parfois elle est de chien.Une fidélité sans faille, dense, intense, poisseuse, comparable, pour reprendre l’image de Merleau-Ponty, à ce miel épais qui colle à la cuiller. Elle est celle des hommes et des femmes qu’une foi (fides) inébranlable, rétive à toute critique, aveugle, porte au dogmatisme. Mais l’être humain, né d’autres et par d’autres accueilli, n’a pas en lui-même les ressources pour s’extraire de la déréliction, donner un sens et une direction à sa vie. Aussi est-il appelé à s’ouvrir à autrui, à donner et recevoir, à se lier à une personne, intégrer une communale de personnes, adhérer à un idéal. La fidélité «sociale», si elle n’est pas infectée de fanatisme, a d’abord ce sens: une personne est fidèle lorsque, en premier lieu, elle trouve une cause à laquelle se dédier, lorsqu’elle se voue volontairement et complètement à elle, et lorsqu’elle exprime son dévouement de façon efficiente et constante, en agissant en faveur de la dite cause. Une telle fidélité ne peut être ni suscitée, ni «exigée», ni contrainte: elle tient aux valeurs que l’on a faites siennes, aux devoirs que l’on croit moralement juste de suivre, à la «voix de la conscience», comme on disait jadis. En ce sens elle est réalisation morale et témoignage de liberté, si elle parvient à associer volonté et raison. Elle peut alors elle-même éviter d’abord de se muer en asservissement, en cette «dédition» médiévale qui liait le vassal au suzerain, en mettant toute l’obéissance d’un côté et tout le pouvoir dominant de l’autre, ensuite «vérifier», pour que soient écartée toute perversions fanatique et dogmatique, que la cause à laquelle elle s’est vouée continue bien de défendre les valeurs qui ont justifié à l’origine qu’elle s’y voue. Dans le sens plus courant et intime, la fidélité évoque moins cependant l’attachement à des valeurs politiques, religieuses, sportives, écologiques, etc., que l’engagement loyal et sincère envers une personne, avec laquelle s’est tissé un rapport d’amitié ou d’amour, que ce rapport soit institutionnalisé ou non. L’infidèle, dans ce cas, est celui qui trompe ou trahit. [...] Dès lors, on peut estimer que l’infidélité n’est pas plus un vice que la fidélité n’est en soi, une vertu. Si elle se porte sur un lien et une mémoire, la fidélité, en elle-même, ne «fait (crée) pas le bien», mais prend soin d’une relation que soude, au sein d’un couple par exemple, l’amour, lequel est certes une vertu, productrice de bien – mais non pas comme amour, comme état, mais comme fait d’aimer, comme élan qui sort de soi même (dans le deux sens: issu de soi, portant hors de soi), et dont personne d’autre que le sujet n’est «responsable». Lorsqu’une personne cesse d’en aimer une autre, pour toutes les raisons possibles et imaginables, personne de la déclare «infidèle». Justement parce que l’infidélité et la fidélité se définissent toujours par rapport à un lien, une relation, cimentée par un oui, par une promesse, par un pacte. L’être volage, par exemple, n’est ni fidèle ni infidèle, car, folâtrant au gré des désirs et des plaisirs, il n’a rien promis à personne ni signé aucun contrat moral. Il appert ainsi que l’infidélité n’est guère une méchanceté, au sens où l’infidèle provoquerait volontairement chez l’autre le mal et la souffrance: elle est une déchirure de contrat – la langue italienne le montre bien, qui nomme fedifrago/a l’infidèle, celui/celle qui brise (frangere) le pacte (foedus) – dont il sera certes difficile d’expliquer les motifs, une rupture de l’alliance qui avait crée la relation et qui, bien évidemment, peut susciter, chez soi-même, mésestime, regrets et remords, pour n’avoir pas tenu la promesse, et, chez l’autre, qui vivait dans la confiance et continuait à nourrir d’amour l’union, la plus grande la déception, l’infinie tristesse, une indicible douleur, le désespoir, tous les tourments imaginables, sinon un désir de vengeance. D’où il ressort que ni la fidélité ni l’infidélité ne sont décisives, bien que l’une conforte l’union et la cohésion – y compris l’union des vauriens, si elle est fidélité à une secte nocive ou à un gang mafieux – et l’autre apporte brutalement discorde, embrouilles et malheurs. L’important c’est d’aimer, l’important est de ne pas faire du mal aux autres, ne pas mépriser, ne pas humilier, ne pas blesser, ne pas meurtrir, ne pas tarir les sources de vie.Robert Maggiori
Proposé par : Rencontres Philosophiques de Monaco
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